Weblog de Gilles Behnam

Philosophie

Si loin de nous, si proches…

ART PARIETAL – Mise en ligne par ycsocio

Déjà les plans qui suggèrent le mouvement. Les crinières flottent, le petit animal sous la protection ou sous la menace de la “horde”?

[Grotte CHAUVET. Grand panneau des chevaux. © DRAC Rhône-Alpes.]

mars 27, 2009 Posté par gillesbehnam | Art | , | Pas encore de commentaires

Colloque “Enseigner la philosophie – Faire de la philosophie”

Enseigner la philosophie - faire de la philosophie

Couverture du programme

Ce mardi 24 mars et ce mercredi 25 mars s’est tenu à Paris un colloque important que d’aucuns considèrent comme cher à Xavier Darcos, actuel ministre de l’Éducation Nationale.  Celui-ci n’avait cependant pu venir en personne ouvrir les travaux  du colloque, étant par ailleurs à Vincennes où il inaugurait au collège  Françoise-Giroud aux côtés du maire de Vincennes Laurent Lafon le jeu ChercheNet, outil pédagogique destiné aux collégiens de 6e et de 5e et dédié au thème de l’écologie et du développement durable.

Ce colloque était organisé par le doyen de l’Inspection de philosophie Jean-Louis Poirier, flanqué d’un comité scientifique solide de plusieurs professeurs des universités et du secondaire, de chercheurs et d’inspecteurs d’académie et IPR, épaulés par des noms prestigieux de la philosophie française vivante (Pascal Engel, Alain de Libera, Pierre Manent, Jean-Luc Marion entre autres).

La première journée s’est tenue dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, et a été idonc été ouverte par Patrick Gérard, recteur de l’Académie de Paris. Après avoir évoqué la solennité du lieu prestigieux où commençait ce colloque, rappelant que cet hémicycle se partageait entre les sciences et les lettres, sous le regard de pierre de Robert de Sorbon et de Richelieu, de Lavoisier  et de Rollin, de Descartes et de Pascal, le recteur souhaitait à l’ensemble des professeurs et chercheurs ainsi réunis d’enrichissantes heures de débats et de réflexions.

Cette journée s’est divisée en deux parties: la matinée fut consacrée à trois interventions successivement sur la Conscience, les Universaux et la Démonstration (cf. les trois plaquettes de présentation ci-dessous).

Jean-Luc Marion commençait par exposer les principes phénoménologiques d’une conscience qui ne peut être consicence d’elle même mais seulement de quelque chose. Alain de Libera replaçait in vivo et in extensa les problématiques conceptualistes, réalistes et nminalistes qui avaient présidé depuis Porphyre, disiciple de Plotin, puis Abélard, Duns Scot, Ockham… aux débats sur les catégories d’universel et de singuler. Pascal Engeldéployait les arcanes du raisonnement logique et ses “accrocs”, en s’arrêtant particulièrement sur le trilemme d’Agrippa.

L’après-midi vit se succéder deux communications de fond sur la Communauté et Société,  Pierre manent resituant les principes et les enjeux du débat entre ces deux notions supposées complémentaires mais à bien des égards en difficile mbrication. Bertrand de Saint Sernin réinvestissait positivement l’épistémologie pour redéfinir les règles d’un commun accord entre les perspectives, les objectifs et peut-être même les méthodes des sciences et de laphilosophie. Ces exposés furent ponctués d’un échange avec le public suivi d’une table ronde (au demeurant comme souvent dans les colloques rectangulaire).

La deuxième journée qui s’est déroulée à la Cité Universitaire fut pareillement scindée en une matinée d’ateliers animés par divers intervenants enseignants, chercheurs universitaires et/ou inspecteurs. Personnellement j’ai suivi celui animé par Caela Gillespie sur la classe au sein de la cité. C’était une présentation dense, approfondie sur les corps d’élèves qui ne se trouveent plus imputés par la structure laïque et républicaine des savoirs et des règles de la connaissance, et de l’expression, qui se trouvent notamment désinvestis par le langage conceptuellement articulé, et trouvent des modes d’inspiration en prise directe avec les choses ou leurs représentations imagées, et des modes d’expression pré-conceptuels et immédiats qui clivent fortement par rapport aux exigences de  l’intégration socio-culturelle par l’instruction.  La présentation de Caela Gillepsie avait notamment le mérite de proposer un diagnostic clair de la situation, sans pour autant s’avancer à proposer de solutions arrêtées (qui restent certainement à élaborer collectivement), deux choses qui n’auront pas manqué de susciter de vives réactions . Ainsi peut-on espérer – ce serait en tous les cas mon vœu – que la première édition de ce colloque puisse donner l’occasion à un tel atelier de voir ses travaux prolongé et approfondis prochainement. L’après midi s’est clôturée par une table ronde (aussi rectangulaire que la première). Mais après avoir bu les savantes paroles le plus souvent latines d’Alain de Libera, que nous importaient les tables réelles de ce colloque, nous n’étions  plus attentifs qu’aux idées  – y-compris celles de ces deux tables qui en filigrane inscrivaient la double exigence universelle des deux activités consubstantielles que sont “enseigner” et “faire de” la philosophie.

Le doyen J-L Poirier – pour clore comme il se devait philosophiquement ce colloque  – se souvenait à la fois de Spinoza et de Husserl pour nous rappeler  que ces deux voies constituaient pour nous autres, professeurs de philosophie, notre liberté bien normée et notre bien commun partagé.

Les actes de ce colloque seront m’a t-on certifié rapidement mis en ligne. Je ne manquerai pas de le signaler dans un prochain post et fournirai bien sûr le lien permettant d’y accéder. De très riches heures se sont déroulées qui ont donné lieu à des échanges fructueux, attestant qu’à l’orée du XXIe siècle, la philosophie telle que la France l’a faite et enseignée depuis de nombreux siècles se porte bien, qu’elle est plus que jamais vivante et que ses plus beaux jours sont encore devant elle. Il ne tient qu’à nous toutes et tous.

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éditeur: DGESCO – Conception graphique: Delcom – Impression: MEN

mars 25, 2009 Posté par gillesbehnam | Colloques, Contemporains, Culture, Éducation et enseignement | , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Une drôle de loi en examen à l’Assemblée Nationale

La loi qui est en projet visant à réguler et avertir – le cas échéant sanctionner – le téléchargement réputé illégal sur Internet fait couler beaucoup d’encre. Philosophiquement elle offre le visage d’une mesure au moins paradoxale: d’un côté au nom de la propriété, une loi entend protéger les auteurs, ce qui semble pour le moins légitime; D’un autre côté, cette protection pose quatre problèmes (au moins…) de respect des libertés et interpelle la démocratie :

  1. une première hypocrisie: les artistes défendus par ce projet de loi sont essentiellement ceux qui sont déjà bien représentés voire sur-représentés par leurs sociétés de production et qui vivent très très confortablement de l’industrie culturelle musicale ou cinématographique telle qu’elle fonctionne depuis des décennies, qu’en conséquence ce sont surtout les intérêts bien entendus des principales majors qui organisent en amont ce projet de loi visant à les protéger;
  2. une seconde hypocrisie de la plupart des hommes politiques, majoritairement issus de la droite bien sûr qui a concocté ce projet de loi, mais aussi d’un nombre non négligeable de la gauche, trop tenus de s’accorder avec les intérêts d’artistes connus et des chefs d’entreprises, parfois multinationales qui les produisent;
  3. un certain mépris pour la jeunesse qui sera la première touchée par cette loi sur le téléchargement, à un moment de crise où elle aurait d’autant plus de bonnes raisons de pouvoir accéder facilement et aussi gratuitement que possible à la culture;
  4. Un total décalage historique et idéologique de cette loi par rapport aux réalités technologiques et culturelles d’aujourd’hui; Elle se pose comme un rempart désespéré de défense d’une vision de la production culturelle construite autour d’une conception de la société de consommation matérielle des biens culturels, au moment où s’effectue précisément sa dématérialisation radicale (par exemple le téléchargement est en recul croissant avec l’écoute ou la visualisation en streaming…).

Plusieurs sites, blogs et articles de presse relayent leurs analyses sur ce projet de loi. Dans la mesure où elle donne l’occasion d’une mise en conflit de deux piliers de notre démocratie républicaine (l’égalité et la liberté) et d’un principe des sociétés occidentales fondées sur un “libéralisme politique” issu de Locke notamment – la propriété – nous relayerons régulièrement des informations sur ce projet de loi.

Pour commencer consulter par exemple l’article de Jacques Attali dans l’Express, accessible sur son blog de l’Express: http://blogs.lexpress.fr/attali/2009/03/une-loi-scandaleuse-et-ridicul.php

De même sur le site de la fondation Terra Nova un article accompagné d’une documentation éclairante aborde ce projet de loi:http://www.tnova.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=643:le-projet-de-loi-l-creation-et-internet-&catid=4:notes

=> Pour en savoir plus :

Lire le rapport de Denis Olivennes sur la protection des oeuvres culturelles sur Internet (pdf)

Télécharger le projet de loi sur la diffusion et la protection des oeuvres sur Internet

Visiter la page Internet du site du Ministère de la Culture sur le projet de loi

mars 18, 2009 Posté par gillesbehnam | Blogs, Contemporains, Culture, Internet, Lois | | Pas encore de commentaires

Texte 9 “Un certain devenir archéo-historique du langage et de la vérité” de Michel Foucault

” Sous sa forme première, quand il fut donné aux hommes par Dieu lui-même, le langage était un signe des choses absolument certain et transparent, parce qu’il leur ressemblait. Les noms étaient déposés sur ce qu’ils désignaient, comme la force est écrite dans le corps du lion, la royauté dans le regard de l’aigle, comme l’influence des planètes est marquée sur le front des hommes : par la forme de la similitude. Cette transparence fut détruite à Babel pour la punition des hommes. Les langues ne furent séparées les unes des autres et ne devinrent incompatibles que dans la mesure où fut effacée d’abord cette ressemblance aux choses qui avait été la première raison d’être du langage. (…) Mais si le langage ne ressemble plus immédiatement aux choses qu’il nomme, il n’est pas pour autant séparé du monde ; il continue, sous une autre forme, à être le lieu des révélations et à faire partie de l’espace où la vérité, à la fois, se manifeste et s’énonce. Certes, il n’est plus la nature dans sa visibilité d’origine, mais il n’est pas non plus un instrument mystérieux dont quelques-uns seulement, privilégiés, connaîtraient les pouvoirs. Il est plutôt la figure d’un monde en train de se racheter et se mettant enfin à l’écoute de la vraie parole. (…) Pour établir le grand tableau sans faille des espèces, des genres, et des classes, il a fallu que l’histoire naturelle utilise, critique, classe et finalement reconstitue à nouveaux frais un langage. (…) Les choses et les mots sont très rigoureusement entrecroisés : la nature ne se donne qu’à travers la grille des dénominations, et elle qui, sans de tels noms, resterait muette et invisible, scintille au loin derrière eux, continûment présente au-delà de ce quadrillage qui l’offre pourtant au savoir et ne la rend visible que toute traversée de langage.”

Michel Foucault, les Mots et les Choses,
Paris, Ed. Gallimard, 1966, pp 51, 53, 173.

mars 11, 2009 Posté par gillesbehnam | Contemporains | | Pas encore de commentaires

Texte 8 “Le Voyageur et son ombre” de Nietzsche

Si l’on doute encore de l’intérêt que peuvent avoir certains hommes à en responsabiliser d’autres, ou l’art Nietzschéen d’être authentiquement révolutionnaire (autrement que dans l’oscillation entre les atermoiements et les déclarations tonitruantes…).

- 9 -

“Où a pris naissance la théorie du libre arbitre. — Sur l’un, la nécessité plane sous la forme de ses passions, sur l’autre, l’habitude c’est d’écouter et d’obéir, sur le troisième la conscience logique, sur le quatrième le caprice et le plaisir fantasque à sauter les pages. Mais tous les quatre cherchent précisément leur libre arbitre là où chacun est le plus solidement enchaîné : c’est comme si le ver à soie mettait son libre arbitre à filer. D’où cela vient-il ? Évidemment de ce que chacun se tient le plus pour libre là où son sentiment de vivre est le plus fort, partant, comme j’ai dit, tantôt dans la passion, tantôt dans le devoir, tan-tôt dans la recherche scientifique, tantôt dans la fantaisie. Ce par quoi l’individu est fort, ce dans quoi il se sent animé de vie, il croit involontairement que cela doit être aussi l’élément de sa liberté : il met ensemble la dépendance et la torpeur, l’indépendance et le sentiment de vivre comme des couples in-séparables. ŕ En ce cas, une expérience que l’homme a faite sur le terrain politique et social est transportée à tort sur le terrain métaphysique transcendant : c’est là que l’homme fort est aussi l’homme libre, c’est là que le sentiment vivace de joie et de souf-france, la hauteur des espérances, la hardiesse du désir, la puis-sance de la haine sont l’apanage du souverain et de l’indépendant, tandis que le sujet, l’esclave, vit, opprimé et stupide.  La théorie du libre arbitre est une invention des classes dirigeantes.”

Nietzsche, Le Voyageur et son Ombre (Humain, trop Humain, deuxième partie) Traduit par Henri Albert (1880)

mars 9, 2009 Posté par gillesbehnam | Modernes | | Pas encore de commentaires

Et si le XXIe siècle plutôt que d’être religieux était féminin?

Le site de la Fondation Terra, Nova remarquable par son travail de questionnement et de réflexion sociétale, économique et politique vient de mettre à l’occasion de la journée de la femme du 08 mars 2009 un article ainsi qu’une note de 8 pages (en téléchargement libre au format PDF) qui méritent que l’on s’y arrête et qui donnent fortement à réfléchir sur le drame, le scandale et le coût prohibitif, tant humain qu’économique, de la disparité et des inégalités entre hommes et femmes dans nos sociétés qui devraient pourtant depuis longtemps déjà avoir réussi à établir une égalité intégrale et réelle.

Le féminisme est un humanisme

Notes – Hélène Périvier – 07 mars 2009

A l’approche de la journée internationale de la femme le 8 mars, Hélène Périvier, économiste à la Fondation Nationale des Sciences Politiques et co-présidente du groupe sur la protection sociale de Terra Nova, dresse le bilan des inégalités socio-économiques entre les femmes et les hommes aujourd’hui. Elle propose plusieurs pistes de réflexion et de réformes pour lutter contre les discriminations persistantes non seulement contraires aux principes de justice sociale mais aussi inefficaces et coûteuses pour la collectivité.

Télécharger cette note (format PDF)

A l’occasion de la journée des femmes 2008, Terra nova publie une note consacrée aux inégalités entre les sexes. Cette note s’intègre dans une réflexion plus globale sur la protection sociale, qui est engagée au sein de Terra Nova.

Hélène Périvier co-préside avec Bruno Palier le groupe de réflexion sur la protection sociale. Elle est économiste à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP). Elle dresse le constat d’une société toujours marquée par une répartition traditionnelle des rôles des femmes et des hommes et par de fortes inégalités sur le marché du travail. Cette situation est non seulement contraire aux principes de justice sociale, mais elle est également inefficace et coûteuse pour la collectivité.

mars 8, 2009 Posté par gillesbehnam | Annonces, Blogs, Contemporains | | Pas encore de commentaires

Travailler moins pour penser plus et surtout mieux…

Depuis le succès qu’on sait du slogan de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007, “travailler plus pour gagner plus”, j’ai subodoré que l’élection avait été truquée. Je m’explique:  non pas truquée au sens malheureusement si traditionnel  du terme (urnes bourrées, chaussettes doublées, électeurs fantômes etc.), mais pipées de l’intérieur, dans les mots qui font l’essentiel d’une élection et du travail de l’homme-acteur politique. Car travailler plus tout le monde sait que ça n’a comme tel aucun sens: il faudrait au préalable définir ce qu’on entend par “travailler, travail”. En général on conçoit que le travail est une activité qui se distingue du jeu, du bricolage, des hobbies parce qu’il est une activité essentiellement guidée par un souci viscéral, l’appel du ventre, l’implacable besoins de trouver sa subsistance, l’impérieuse nécessité de la survie. Dès lors le travail se caractérise comme champ d’activité visant d’une façon directe ou indirecte la rémunération, et tout ce qui gravite autour de son concept propre, tels que sa pénibilité, son coût, son intérêt etc. relève de l’extériorité et ne le caractérise pas intrinsèquement. Celui qui par une situation privilégiée quelle qu’elle puisse être trouve d’office les moyens de sa pleine subsistance, éventuellement dans le confort et le luxe n’a à proprement parler pas à travailler. Il peut bien s’adonner à des activités intenses plutôt que farniente, ce n’est pas du travail puisque cela s’effectue dans le registre extrinsèque du surplus ou supplément d’existence. Dès lors par contre que l’on s’active en vue d’une rémunération on travaille. Seulement cette activation peut s’effectuer précisément de deux manières: avec goût, à l’issue d’un choix et par plaisir. On travaille alors en aimant ce qu’on fait, on peut-même se passionner pour son travail. C’est en ce sens que Nietzsche vante le travail  des artistes, des aventuriers, des créateurs en tous genres… Mais au contraire comme je l’indiquais précédemment, on peut aussi effectuer son travail à contrecœur, sans aucun plaisir, n’ayant lors même qu’on l’accomplit qu’une obsessionnelle pensée, celle que cesse le temps du travail laborieux, que s’arrête la souffrance et que vienne la pause.

Finalement il y a trois manière possibles d’appréhender le travail:

  1. détester travailler et parvenir soit par chance (grands héritiers privilégiés) soit par ruse et violence (maffieux…) à en être dispensé, ce qui reste tout de même une minorité;
  2. haïr également le travail, mais ne pouvoir subsister sans lui: être en cas prêt, mais uniquement pour subsister (ou pourquoi pas tant qu’on y est pour s’enrichir) à travailler de façon contrainte et servile (travail aliéné selon Marx), en tout cas de façon indifférente à la qualité inhérente du travail;
  3. aimer le travail comme activité consentie sans efforts, avec plaisir et passion, librement (ce peut-être le travail comme destin – Nietzsche et Mallarmé -  ou comme esprit du Beruf, vocation selon Weber)

Or justement pour apprécier à sa juste valeur la phrase de Nicolas Sarkozy, “travailler plus pour gagner plus” il faudrait pouvoir, comme je l’indiquais au début de ce post, déterminer parmi les acceptions du mot travail et les trois attitudes possibles face au travail, celle dont il s’agissait.

Etait-ce à ceux qui détestent le travail et entendent s’arranger pour s’en passer que NS s’adressait? Ce serait inconséquent de demander à des personnes qui organisent leur existence en fonction de leur volonté de ne pas travailler (soit par habitude transmise soit par avantage acquis) de travailler plus. Et ce serait encore plus inconséquent de leur préciser “pour gagner plus”. On s’exposerait alors à être leur risée et je les entends déjà répondre à celui qui les conseillerait ainsi  “il ne manquerait plus que ça qu’il faille maintenant travailler et par dessus le marché pour gagner moins!”.

Etait-ce donc à ceux qui aiment leur travail et l’accomplissent avec fougue et passion? Ceux là ne rechignent pas à travailler, ils ne savent même pas faire autrement que travailler, c’est pour eux une impérieuse nécessité et ils se plaindraient même plutôt de devoir travailler moins et si le salaire qu’ils récoltent de leurs efforts n’est pas complètement indifférent (comme d’autres ils mangent de leur travail), tout du moins n’est il pas primordial. Leur salaire est d’abord l’effectuation du travail lui-même qui les paye largement. La phrase n’aurait donc eu aucun sens à double titre: d’abord parce qu’on ne demande pas sur le ton de l’injonction d’un programme électoral à quelqu’un qui vénère et voue sa vie avec passion au travail de travailler plus. Ensuite par ce que l’argument du “pour gagner plus” n’a pas lieu d’être pour ceux qui tiennent le salaire comme une contingence, un élément exogène au travail lui-même et qui ne saurait déterminer ni même influencer leur choix d’existence. S’il y a des artistes qui ont connu la misère et la faim tandis que d’autres ont connu le succès et la richesse , c’est principalement pour cette raison, que les déterminations extérieures n’ont pas jouées – du moins pas de façon décisive dans leurs orientations.

Etait-ce donc à la plupart d’entre les hommes qui doivent nécessairement travailler “comme ils le peuvent, où ils le peuvent, pour ce qu’ils peuvent” que s’adressait le “travailler plus pour gagner plus”? A ceux qui ont les moyens de haïr et de se passer de travailler pour vivre, souvent dans le confort voire le grand confort et le luxe, pas plus à ceux qui ont la passion de leur travail, celui qu’ils ont choisi et qui donne son sens à leur vie? Non, le travailler plus s’adressait à l’immense majorité de ceux d’entre les hommes qui sont dans la moyenne, qui composent précisément la classe moyenne qui n’est pas celle des élites aventurières, artistiques ou intellectuelles, ni celles qui composent les privilégiés de la finance internationale. Mais celles et ceux qui parfois, trop souvent, consacrent leurs journées à des labeurs en soi bien peu gratifiants et souvent ma lrémunérés, à des tâches qui ne peuvent constituer en elles-mêmes “un salaire”. C’est donc à tous ceux là que s’adressait le travailler plus, à ceux à qui ça faisait le plus mal puisque travailler tout court c’était déjà bien assez, et même, chaque fois que le labeur s’ intensifiait ou que la tâche devenait plus ingrate, travailler c’était déjà trop. Alors travailler plus que trop !

Mais ça n’est pas tout : le “gagner plus” c’était aussi à ces contraints au travail qu’il s’adressait. Dans un premier sens cela pouvait séduire (et visiblement cela a séduit, car qui ne se laisserait pas attirer par une perspective de gains accrus? et n’est-ce pas ainsi que fonctionnent la plupart des échanges, notamment monétaires et que règne le libre échange?). Mais cela aurait du alerter: dès lors qu’on disait “gagner plus” cela n’attestait-il pas qu’on reconnaissait les gains comme devant être augmentés, comme insuffisants. Les électeurs auraient pu se demander pourquoi Nicolas Sarkozy, qui faisait depuis de nombreuses années partie des gouvernements de droite successifs, n’avait jamais envisagé cette équation auparavant, et pourquoi il trouvait soudainement ce slogan. Mais passons, c’était sans doute de la politique au sens le plus noble de la cuisine électorale, et par conséquent c’était de bonne guerre diront certains… Plus embarrassant par contre: en disant de travailler plus à des classes sociales pour l’essentiel concernées par des travaux de pure nécessité et guidées par un souci quasi exclusif de subsistance, Nicolas Sarkozy d’une part proposait l’accentuation d’un rapport pénible à une forme de travail aliénante, mais en ajoutant “pour gagner plus”, il accentuait d’autre part l’idée que la principale finalité du travail c’était le salaire, que l’approche qualitative n’importait pas ou que très accesoirement, mais que primait la rétribution extrinsèque. A partir de là, toute la discussion autour de ce qui a fait en grande partie la victoire électorale de NS peut réintégrer son sens: ont été proposées aux classes moyennes-moyennes et inférieures pour lesquelles le travail est la plupart du temps doté de pénibilité forte ou très forte et principalement accompli en vue du salaire un double discours: d’un côté un discours de pénibilité (travailler plus) de l’autre un discours de jouissance (gagner plus). D’une part le sabre, de l’autre le goupillon. Double-bind, discours typiquement aliénant de par la position indécidable qu’il vient occuper face aux interlocuteurs à qui il est adressé. Dès lors que l’on prend un des côtés de l’énoncé on s’apprête certes à souffrir, mais on prépare la satisfaction à venir. Si l’on rejette l’un, on se facilite la vie sur le moment, mais l’on se précipite dès demain vers sa ruibe. Le choix est alors d’autant plus difficile – voire impossible – dès lors qu’il n’en est en réalité pas un,  en tout cas pas pour ceux qui se trouvent dans l’urgence de trancher. La seule solution eut été de discerner la dimension faussement eschatologique d’un tel discours: vous voulez aujourd’hui continuer comme ça à ne pas travailler davantage, demain vous vous appauvrirez. Au contraire vous voulez demain vous enrichir, alors résignez vous dès à présent à travaillez davantage, je suis justement venu pour vous y aider! Discours tout en menaces et en promesses, orienté sur demain, discours “moralisateur” et non pas moral, discours piégeant qui ne pouvait être évité qu’en s’extirpant des situations propices à le rendre audible et crédible.

Du reste les seuls qui n’ont jamais cru à ce discours sont d’une part ceux qui ne travaillent pas et n’aiment pas ça, d’autre part ceux qui travaillent librement et adorent ça. Les premiers ont pour la grande majorité d’entre eux voté pour NS et son double discours prometteur. Les seconds ont pour la majorité voté contre. Le point de bascule s’est fait entre les deux, et c’est l’incontestable talent politique de NS et de ses conseillers d’avoir tenu compte dans le système de démocratie majoritaire, de l’impératif de  manier à bon escient et opportunément la partie de l’auditoire électoral concerné par le dilemme.

Quoiqu’il en soit, je ne saurai que conseiller l’étonnant article que vient de publier le journal Le Monde sur les recherches avancées par des équipes de chercheurs sur les relations entre le travail et les disponibilités intellectuelles. A la fois elles discréditent le slogan présidentiel dans la mesure où en appelant à travailler plus il aurait appelé à penser moins et moins bien; à la fois elles le confortent dans son talent de communiquant politique: plus on s’adresse à ceux qui travaillent déjà dur et plus on s’adresse à ceux qui manquentd’esprit critique et réfléchissent moins. Envers eux par conséquent le discours a toutes ses meilleures chances de ne pas être détecté comme sophistique et trompeur, et obtient un maximum de chances de passer.

L’article du Monde =>
Travailler plus pour devenir bête
LEMONDE.FR | 26.02.09 | 19h09  •  Mis à jour le 26.02.09 | 19h17

Le travail intensif peut altérer les capacités mentales. C’est à cette conclusion qu’aboutit une étude, parue dans la livraison du mois de mars de  The American Journal of Epidemiology. Le phénomène est d’autant plus préoccupant que le sur-travail est monnaie courante. “Les longues plages horaires sont communes dans le monde entier ; dans les Etats membres de l’Union européenne, entre 12 % et 17 % des actifs ont effectué des heures supplémentaires en 2001″, rappellent les auteurs de l’étude.

Une équipe finlandaise a étudié le cas de 2 200 fonctionnaires britanniques, âgés de 35 à 55 ans, sur une longue période, entre 1997 et 1999, puis entre 2002 et 2004. Parmi les sondés, 39 % ont rapporté des horaires hebdomadaires inférieurs à 40 heures, alors que 53 % ont déclaré un emploi du temps de 41 à 55 heures.

Les résultats montrent que ceux qui travaillent plus de 55 heures par semaine ont des capacités mentales amoindries par rapport à ceux qui ont une durée de travail hebdomadaire de 40 heures. Ceux qui avaient une surcharge de travail sont moins bons dans les tests d’évaluation du raisonnement et du vocabulaire.

RAISONS OBSCURES

Les effets constatés sont par ailleurs cumulatifs : selon l’étude, plus la semaine de travail est dense, plus les effets indésirables se font ressentir. Pour parvenir à de tels résultats, les employés ont été soumis à cinq tests différents. Parmi ceux-ci, les scientifiques ont soumis à l’échantillon une liste de vingt mots de une à deux syllabes, en leur donnant deux minutes pour en retenir un maximum.

Si le diagnostic est désormais établi, les causes sont plus obscures. Les scientifiques n’ont pas pu déterminer pour quelles raisons précises la surcharge de travail affectait les facultés mentales. Ils ont toutefois relevé un faisceau de facteurs explicatifs, parmi lesquels figurent une qualité de sommeil inférieure, de la dépression et, d’une manière générale, une hygiène de vie moins bonne.

Cette étude ne constitue qu’une base de départ pour ceux qui l’ont réalisée, car, de leur propre aveu, elle demeure limitée. “La durée de la période d’étude ne semble pas suffisante pour détecter le déclin des fonctions cognitives en général”, jugent les auteurs. L’analyse, qui prend pour base des fonctionnaires, “n’est pas représentative de la population active globale”, poursuivent-ils.

Le Monde.fr

mars 1, 2009 Posté par gillesbehnam | Annonces, Discours, Politique, Presse, Questionnements, Travail | | Pas encore de commentaires