Weblog de Gilles Behnam

Philosophie

“24 heures philo”, un blog de petite chirurgie philosophique au quotidien…

Parce que l’accès aux textes consacrés aussi bien modernes que classiques et contemporains peut aujourd’hui bénéficier de l’apport puissant, rapide et si l’on y prend garde fiable de d’Internet, nous avons pris l’initiative, en plus de la publication de textes philosophiques que nous proposons dans ces pages, de signaler et de commenter certains blogs particulièrement pertinents et stimulants pour le questionnement philosophique.

Ainsi le blog “24 heures philo” qui peut-être pris comme un judicieux pendant à la célébrissime série vidéo 24 heures chrono” dont on sait l”engouement des jeunes et moins jeunes pour le caractère haletant et en temps réel des épisodes successifs.

Ce blog de la plate forme Libération propose régulièrement, en plus de posts en forme d’articles (ex. “Pour une critique de la raison neurobiologique” ) des commentaires analytiques en forme de véritables dissections d’expressions particulièrement savoureuses ou étranges, parfois communes et pourtant singulières, telles que “fendre l’armure” ou “je suis en vrac”…

Le post actuel est consacré à une expression très commune et pourtant ambitieuse “jouer dans la cour des grands”…

Nous n’avons pas résisté à la tentation vous en donner un petit avant goût :

« Jouer dans la cour des grands», une expression disséquée, Par Giorgione

D’une équipe ou d’un sportif dont la présence à tel tournoi est inattendue, d’un homme politique dont la carrière progresse spectaculairement, d’un chef d’État ayant nouvellement accès aux instances dirigeantes où il n’avait pas encore sa place (G8, sommets européens), on entend dire : «Il joue désormais dans la cour des grands.»

Métaphore scolaire qui sent bon son potache : cour avec quelques marronniers ou tilleuls, un espace libre avec buts pour le foot (ou le hand), support de panier pour le basket et voilà pour le lieu. Des cris, des bousculades (les Grands sont «forts», «ils sont brutaux») et sur un bord, timide, incrédule, un peu terrifié aussi, un «petit» qui vient de quitter sa cour, son monde – on a presque envie de dire sa mère… N’est-ce pas attendrissant ? »

=> Lire la suite « Jouer dans la cour des grands», une expression disséquée »

janvier 24, 2009 Posté par gillesbehnam | Annonces, Blogs, Questionnements, Textes | , , , , | Pas encore de commentaires

Le Web pédagogique, site dédié à l’enseignement consacre un dossier spécial à la philosophie

Le site fédératif Le Web pédagogique consacre un dossier spécial intéressant à la philosophie. On trouvera également à la une du site une vidéo instructive sur les “clichés” philosophiques. Parmi nombre d’entre eux est commenté à titre d’exemple celui de vouloir souvent à tout prix qu’une œuvre d’art soit compréhensible, ou plutôt de refuser qu’elle demeure incompréhensible, énigmatique, mystérieuse, intime… Bref de vouloir l’expliquer. Cela ne doit pas pour autant la priver d’intérêt, de sens et même d’une certaine utilité.

Le dossier présente aussi en collaboration avec Philomag un bêtisier des épreuves de philo qu’on peut compléter en y laissant des commentaires, deux quizz à destination des élèves etc.

A consommer sans modération, mais avec ingéniosité et les neurones toutes ouvertes et en éveil.

janvier 10, 2009 Posté par gillesbehnam | Annonces, Éducation et enseignement | , , , | Pas encore de commentaires

Texte 5: Thèse centrale de Sartre, “l’homme est condamné à être libre”

Deux ans après son œuvre philosophique maîtresse, L’Être et le Néant (1943), Sartre tient une conférence qui sera publiée aux éditions Nagel sous le titre repris de la conférence: l’existentialisme est un humanisme.

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Souvent étudié dès les classes de terminales, l’Existentialisme est un humanisme n’est pas le texte philosophique le plus abouti de Sartre, loin s’en faut. Il n’en demeure pas moins le texte théorique “grand public” qui marquera une génération en complément de la littérature romanesque et théâtrale que publie déjà le Sartre de ces années 40 et 50 [La Nausée (1938), Le Mur et autres nouvelles (La chambre, Érostrate, Intimité, L'enfance d'un chef, 1939), Les chemins de la liberté (1945), Bariona, ou le Fils du tonnerre (1940), Les Mouches (1943), Huis clos (1944), La Putain respectueuse (1946), Morts sans sépulture (1946), Les Mains sales (1948), Le Diable et le Bon Dieu (1951)].

L’Existentialisme est un humanisme inaugurera un style de pensée pour ne pas dire une posture intellectuelle que les générations suivantes jusqu’aux années 80 tantôt adopteront, tantôt rejetteront , mais auxquelles elles ne resteront que très rarement indifférentes, même si finalement ce texte aura surtout théorisé l’actualité intellectuelle de la génération de leurs parents, ceux concernés par l’après guerre, le plan Marshall, la découverte du be-bop, des Camel et Lucky Strike (même si Sartre comme chacun sait fumait des Boyards) et le début de la guerre froide. Mais ce sont pourtant surtout ces générations qui s’y retrouveront comme par un effet semi nostalgique semi historique, y cherchant probablement les racines des changements auxquels Mai 68 et les années 70 et 80 allaient les confronter.

Il vaut la peine de revenir sur quelques passages célèbres de ce texte et de prendre la mesure de ce qu’était cet existentialisme français naissant.

A relire les extraits de texte suivants et que nous mettons en ligne, il est assez fascinant de comprendre que l’existentialisme aura été une mode, c’est-à-dire que des masses de personnes l’auront adopté ou pratiqué, en auront parlé et en auront attrapé les manières et le style sans forcément en saisir les tenants et les aboutissants théoriques et les implications pratiques. Un passage fait d’ailleurs d’emblée allusion à cet effet de mode. Il nous a paru intéressant de rappeler qu’en ce milieu du XXeme siècle, Sartre s ‘est efforcé de clarifier sa doctrine et de montrer qu’elle consiste en une choses simple: faire passer l’existence avant l’essence, autrement dit dériver et définir la seconde par la première.

Tout cela conserve et reprend même une vive actualité en matière d’engagement politique par exemple: je ne suis pas tant un homme de droite, de gauche ou du centre (ou de leurs extrêmes respectifs) en fonction de définitions préalables, y-compris et surtout en fonction de celles détachées par les appareils partisans eux-mêmes qui voudraient nous persuader qu’ils sont les seuls à pouvoir vérifier et délivrer les certificats d’ appartenance authentiques à tel ou tel d’entre eux; mais j’existe politiquement selon que je prend la défense en acte de la liberté ou non, que je lutte en acte contre le démantèlement des pouvoirs publics ou que je ne lutte pas, que je m’oppose ou non à l’arrestation des sans-papiers etc. L’existentialisme bien entendu et bien appliqué se veut une école de l’authenticité (concept emprunté dans un sens tout autre à Heidegger). De ce point de vue il y a du sens à être politiquement d’un bord ou d’un autre, car cela veut dire qu’il y a des existences de gauche et d’autre pas, des pratiques de droite, d’autre non etc. Et les cartes des partis n’y font rien, les étique, déclarations et promesses qui n’engagent jamais que ceux qui les croient non plus. Au sens Sartrien, le politique pris en un sens existentialiste anticipe finalement  la notion de “participation” où chacun, ayant part ou non, et même surtout sans parts du fait de n’avoir pas accès aux mises en scène de la visibilité politique, aux rituels de la prise de parole, le politique est tout entier dans ce qu’il est plus que dans ce qu’il dit, dans ce qui se manifeste phénoménologiquement de lui plus que dans ce qui se montre.

Réutilisant les distinctions catégoriques de l’en-soi et du pour soi Hégéliens, Sartre élabore le principe de sa philosophie générale : la spécificité de l’homme ne tient pas à sa “nature”, c’est à dire à ce qu’elle est en soi. En effet parce qu’il n’y a pas d’essence de l’homme, hormis dans l’esprit des philosophes essentialistes (étant finalement pour Sartre des idéalistes), il n’y a au final d’ existence humaine qu’ en actes et concrète. Définir abstraitement l’homme comme “doté du langage”, “politique”, capable de rire” etc. n’a plus la moindre raison d’être, si ce n’est le pur fondement théorique intellectuellement confortable, moralement et psychologiquement rassurant de produire une certaine idée distincte et privilégiée de l’homme (élu et choyé des Dieux, au centre du monde…).

Dans la perspective existentialiste de Sartre, l’homme n’a pas d’essence, ou plutôt celle ci lui arrive comme par accident et après coup, tout dépendant de l’existence qu’il va mener, et de ce qu’il va faire. L’homme ne commence pas par être tel ou tel, et qu’une définition bien faite et précise viendrait recouvrir. Non, il existe (ek-siste) en se projetant au dehors de lui-même, en renonçant à n’être qu’une entité abstraite recroquevillée sur son intériorité. Il est en tant qu’être “pour-soi”, ce qui le distingue de toute existence simplement “végétative”, car il dispose d’un mode de représentation du monde et d’autrui dans lequel vient s’insérer son mode d’existence désirant, à la fois social et économique. L’existence humaine se intégralement dans ce qu’elle fait plus que dans ce qu’elle pense, définit énumère ou énonce. Il y a certes un paradoxe d’ordre théorico-pratique chez Sartre,  à ce que l’intellectuel initialement bourgeois formé par l’institution d’enseignement d’élite français (comme Aron, Pompidou et tant d’autres, à savoir l’ENS de la rue d’Ulm)

Normalien. Le paradoxe veut que cette école prépare au professorat et qu'on est mieux vu si on est ancien élève de l'École que si on est professeur agrégé." ("Cahier Lutèce".)   On reconnaît, assis, de droite à gauche, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Louis Herland, Paul Nizan ; debout, au premier rang, Georges Canguilhem, au deuxième rang, à droite, Daniel Lagache.
École normale supérieure, section lettres, promotion 1924 1924. Photographie. 23 x 17 cm. Collection particulière Après avoir passé le baccalauréat, Sartre et Nizan quittèrent Henri-IV pour préparer, dans la khâgne de Louis-le-Grand, le concours d’entrée à l’École normale supérieure. En 1924, ils furent reçus dans la même promotion que Raymond Aron et Daniel Lagache. Ces années d’école furent des années heureuses : “À l’école j’étais tout : j’étais l’avenir, tous les Socrate ; j’avais par la lecture toutes les conditions. J’avais un titre dont j’étais fier : Normalien. Le paradoxe veut que cette école prépare au professorat et qu’on est mieux vu si on est ancien élève de l’École que si on est professeur agrégé.” (“Cahier Lutèce”.) On reconnaît, assis, de droite à gauche, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Louis Herland, Paul Nizan ; debout, au premier rang, Georges Canguilhem, au deuxième rang, à droite, Daniel Lagache.

cet intellectuel Ulmien prône au final une existence en acte par l’engagement et la prise de parti politique plus que par la production et la création théorique (sur les tonneaux de Boulogne Billancourt ou luttant aux côté d’autres intellectuels comme Glucksmann ou Aron contre les boat-people etc.). Ce paradoxe n’est peut-être qu’apparent:

  • d’une part parce que l’action des intellectuels peut certes passer par l’action sur le terrain comme n’importe quels autres agents sociaux et politiques (c’est le sens qu’il peut encore y avoir à ce que des politiques, des écrivains, des savants, des philosophes  des artistes descendent dans la rue). Mais précisément du point  de vue des actes et des effets, il y a bien plus d’efficience à ce que la “lutte” se fasse par là où l’intellectuel se distingue, et par là où il atteste de son maximum de compétences, autrement dit  par là où il “excelle”: relayer sa pensée à travers ses mots, ses œuvres, ses dires… Précisément par souci de pragmatisme, l’engagement de l’intellectuel consiste parfois à rester en retrait et à produire des appels radiophoniques, télévisuels, des pamphlets, des films etc. et à s’organiser pour résister à toutes les entreprise de réduction au silence que les régimes susceptibles de le craindre pourraient intenter contre lui;
  • d’autre part parce que Sartre dans son ouvrage “L’Existentialisme est un humanisme” met l’accent sur la nécessité de réfléchir (le “pour soi”) et d’inventer du fait que l’homme ne dispose plus autour de lui et encore moins au dessus de valeurs éternelles, de repères stables, de principes définitifs. Rappelons le, l’existentialisme de Sartre en plus d’être un matérialisme est un athéisme Tirant la leçon Nietzschéenne que Dieu est mort et que l’homme vit sur terre en orphelin, Sartre voue l’homme à devoir imaginer, inventer et accomplir lui-même et lui seul ses choix en vue de se conduire humainement. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y ait aucune déterminations par l’histoire et la société et les rapports de classe des principaux comportements humains, pas plus qu’il n’y ait aucune valeurs auxquelles l’homme puisse se raccrocher pour donner sens à sa vie; mais son entière liberté le condamne, d’autant que les circonstances historiques sont cruellement déterminantes (durant l’occupation par exemple) à faire usage et à mettre en acte sa liberté.

« Qu’est-ce qu’on appelle Existentialisme? La plupart des gens qui utilisent ce mot seraient bien embarrassés pour le justifier, puisque aujourd’hui, que c’est devenu une mode, on déclare volontiers qu’un musicien ou qu’un peintre est existentialiste. Un échotier de Clartés signe l’Existentialiste; et au fond le mot a pris aujourd’hui une telle largeur et une telle extension qu’il ne signifie plus rien du tout. Il semble que, faute de doctrine analogue au Surréalisme, les gens avides de scandale et de mouvement s’adressent à cette philosophie, qui ne peut d’ailleurs rien leur apporter dans ce domaine; en réalité c’est la doctrine la moins scandaleuse, la plus austère; elle est strictement destinée aux techniciens et aux philosophes. Pourtant, elle peut se définir facilement. Ce qui rend les chose compliquée, c’est qu’il y a deux espèces d’existentialistes: les premiers, qui sont chrétiens, et parmi lesquels je rangerai Jaspers et Gabriel Marcel, de confessions catholique; et, d’autre part, les existentialistes athées parmi lesquels il faut ranger Heidegger, et aussi les existentialistes français et moi-même. Ce qu’ils ont en commun, c’est simplement le fait qu’ils estiment que l’existence précède l’essence, ou si vous voulez, qu’il faut partir de la subjectivité. Que faut-il au juste entendre par là? (…)
«  Qu ‘est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde et qu’il se définit après. L’homme, tel que le conçoit l’existentialisme, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y-a pas de nature humaine, puisqu’il n’y-a pas de Dieu pour le concevoir. L’homme est seulement, non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence; l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou la table?
Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur; rien n’existe préalablement à ce projet; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura d’abord projeté d’être (…)
«  Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitiment notre conduite. Ainsi nous n’avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses,. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs, cependant libre, parcequ’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. »

L’existentialisme est un humanisme, éditions Nagel 1946; ou éditions Gallimard 1996, coll. Folio.

Liens connexes:

- L’article de l’encyclopédie libre de Wikipédia sur l’Existentialisme est un humanisme

- L’exposition de la BNF consacré à Sartre

janvier 7, 2009 Posté par gillesbehnam | Contemporains, Textes | | Pas encore de commentaires

Texte 4: Le Monde de livres selon Sartre… “(…) l’ouvrir d’un coup sec à la bonne page…”

Dans son célèbre ouvrage Les Mots, Sartre consacrait de magnifiques pages à son enfance pour le moins studieusement dédiée à l’océan des livres de la bibliothèque de son grand-père.
Les livres comme totems, reliques, dolmens… lieux sacrés de la pensée faite langage, de la mémoire artificielle venue au chevet de la mémoire naturelle défaillante comme l’a nommée Lévi-Strauss. Le passage que nous proposons est dédié à tous les jeunes et moins jeunes qui pour de multiples raisons sont privés de l’accès à ces “vivants piliers” qui de tout processus d’émancipation par le savoir et la culture. A l’heure où l’image persiste à occuper le devant de la scène – et encore l’image pourrait servir à instruire, à libérer, à ouvrir à la découverte mais elle le fait si peu de par l’utilisation vulgaire qui en est communément faite – les mots méritent de retrouver leur magie propre en ce début d’année 2009.

“J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute: au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout; défense était faite de les épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’octobre. Plus d’infos »

janvier 7, 2009 Posté par gillesbehnam | Contemporains, Textes | | Pas encore de commentaires